L’automne. La plupart des végétaux se parent progressivement de leur robe orangée et s’apprêtent à s’endormir paisiblement en attendant le retour des beaux jours. Pourtant, dans votre jardin, même si la Nature semble être au ralenti, la vie ne s’arrête pas pour autant. Ainsi, nombreux sont les êtres vivants qui continuent leur développement ou même débutent leur période d’activité. À l’image des champignons, mousses, lichens et autres micro-organismes, découvrez la face cachée de votre jardin en automne.


Champignons, mousses, lichens… la face cachée de votre jardin en automne
Les champignons, les travailleurs de l’ombre
Avec la parure rouge-orange des arbres caducs, les champignons sont souvent associés à l’automne. Si les cueilleurs du dimanche les cherchent surtout en forêt, il n’est pas rare d’en trouver également dans nos jardins ; que ce soit dans le gazon ou sur les arbres.
Souvent considérés comme problématiques, ils jouent néanmoins un rôle important en recyclant la matière organique inerte ou morte. Ils sont alors qualifiés de saprophytes.
De plus, il est très fréquent que les plantes et certains champignons s’associent dans une relation symbiotique appelée mycorhize. Dans ce cas, le champignon aide son hôte à se nourrir en eau et en azote, ou encore à mieux assimiler certains éléments comme le phosphore.

Il est à noter que les champignons sont régulièrement source de quiproquos. En effet, leur évocation nous fait immédiatement penser à une masse un peu spongieuse, souvent dotée d’un pied et d’un chapeau. Pourtant, si l’on devait faire un parallèle avec les végétaux, ce que l’on a coutume d’appeler “champignon” est en réalité le fruit du mycélium. Sous son aspect généralement filamenteux et caché dans le sol, c’est lui qui est le “vrai” champignon.
Les mousses, et si vous adoptiez ces coussins végétaux ?
Souvent présentes au jardin sous la forme d’un vaste tapis vert, les mousses peuvent parfois causer bien des soucis aux jardiniers lorsqu’elles décident de coloniser les pelouses. De ce fait, ces plantes bryophytes sont souvent haïes par les travailleurs du sol.
Pourtant, en tant que plantes pionnières, les mousses limitent l’érosion des sols nus et contribuent à leur évolution en espace de vie favorable à la biodiversité. Cependant, lorsqu’elles s’invitent dans le gazon, les mousses peuvent provoquer son étouffement. Il est alors possible d’intervenir en scarifiant les zones concernées. Néanmoins, leur présence est révélatrice de la nature du sol. Pour cette raison, on les appelle aussi des plantes bio-indicatrices.

Au jardin, elles sont synonymes d’un terrain compacté et ombragé, soumis à l’humidité et au pH plutôt acide. En conséquence, pour s’en débarrasser réellement, un travail en profondeur de la terre est nécessaire ; ce qui peut s’avérer long, fastidieux et coûteux.
Aussi, plutôt que de lutter contre elles, pourquoi ne pas tout simplement accepter leur présence ? Les mousses s’épanouiront alors là où le gazon refuse de s’installer. Elles formeront ensuite un magnifique tapis aux nombreuses nuances de vert.
Les lichens, quand un organisme en cache un autre
Grandissant sur les troncs, les branches ou encore les murs et les rochers, les lichens sont des organismes à part au jardin. En effet, il ne s’agit pas d’une seule et même plante, mais d’une association entre un champignon et un partenaire chlorophyllien. Ce dernier est souvent une algue verte microscopique, mais peut également être une cyanobactérie. Cette union, pour le moins étonnante, est un exemple parfait de symbiose, où chaque symbiote y trouve son avantage.
Ainsi, la partie supérieure des lichens est constituée par le champignon. Celui-ci protège son partenaire chlorophyllien du dessèchement lié aux rayons du soleil. En retour, l’algue ou la cyanobactérie, grâce à son activité chlorophyllienne, procure les sucres et éléments nutritifs nécessaires au développement de son hôte.

Avec plus de 20.000 espèces, les lichens peuvent arborer des couleurs variées comme le gris, le vert ou encore le brun. Ils peuvent également présenter des silhouettes très différentes :
- sous forme de feuille pour les lichens foliacés ;
- une allure buissonnante présentant des ramifications pour les lichens fruticuleux ;
- un aspect plat et rugueux, comme une croûte, pour les lichens crustacés ;
- et même une texture gélatineuse.
Des algues terrestres dans votre jardin
En réalité, le terme “algue terrestre” est trompeur. En effet, ce nom est dû à l’aspect gélatineux et bleu-vert foncé de cet organisme que l’on peut croiser au jardin en automne, lorsque l’humidité fait son retour. Ainsi, capable de vivre sous forme déshydratée pendant des mois, une pluie lui permet de retrouver son état initial, donnant ainsi l’impression qu’il surgit de nulle part.
La physionomie particulière de cet organisme lui a valu le nom de “crachat de Lune” ou encore celui de “nostoc” en plus de celui d’algue terrestre. Sous ces dénominations se trouvent en réalité des cyanobactéries (des bactéries capables de photosynthèse) de la classe des cyanophycées. Ces dernières ayant la capacité d’assimiler l’azote de l’air, elles sont parmi les premiers êtres vivants à coloniser les milieux “neufs”. D’ailleurs, elles sont plus anciennes que les dinosaures et auraient probablement contribué à la création d’oxygène sur Terre.

Plante bio-indicatrice, sa présence dans une pelouse est souvent liée à un sol compact et trop humide ; conditions souvent peu propices au développement des graminées. Le nostoc n’est donc pas responsable du dépérissement d’un gazon, mais plutôt une conséquence.
Les myxomycètes, une curiosité de la Nature
Derrière ce nom quelque peu abscons, se cache un organisme particulier. Ni plantes ni champignons et encore moins animaux, les myxomycètes sont classés dans le règne des protozoaires.
Au jardin, on peut en rencontrer sur le gazon sous la forme d’une poudre grisâtre. Il s’agit alors du physare cendré (Physarum cinereum). Il arrive également d’en apercevoir sur le paillage humide comme le BRF et les écorces, ou sur le bois mort. Son aspect spongieux jaune vif à blanc lui a valu le nom peu glorieux de “vomi de chien” et celui (plus poétique) de “fleur de tan”. Derrière ces différentes appellations se cache en réalité Fuligo septica.

Que ce soit par leurs couleurs, leurs textures ou leurs tailles, les myxomycètes peuvent impressionner et on serait tenté de vouloir s’en débarrasser. Pourtant, loin d’être des parasites, au jardin, ils jouent le même rôle de recycleurs de matière organique que les champignons. Ils sont d’ailleurs souvent confondus avec ces derniers.
La microfaune, quand le sol grouille de vie en automne
Au jardin, il n’y a pas que du végétal. La faune y joue également un rôle essentiel (même si la grande majorité vit cachée). Ainsi, cloportes, vers de terre, collemboles ou encore iules contribuent au cycle naturel de la matière organique. En effet, en tant que détritivores, ces auxiliaires de jardin permettent la dégradation des déchets végétaux comme les feuilles mortes en éléments à nouveau assimilables par vos plantes.
Sans eux, le sol serait un amas de tissus végétaux morts qui s’accumuleraient et pourriraient, rendant ainsi votre terre impropre à la création d’un beau jardin.

Loin d’être un espace inerte, votre écrin de verdure reste vivant en arrière-saison. Qu’il s’agisse de champignons, de plantes ou même d’insectes, il y a tout un monde qui continue de s’épanouir dans votre jardin. Une bonne raison pour ne pas trop le nettoyer en automne. Pensez-y et laissez votre curiosité prendre le dessus lorsque vous effectuerez vos prochaines sorties automnales dans votre jardin.
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